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La maison de ferme Lorsque les premiers colons canadiens-français vinrent s'installer en Ontario, ils commencèrent par se construire une maison dite d'établissement. C'est une habitation temporaire. Elle ne servira que le temps des premiers défrichements. La maison d'établissement revêt un caractère primitif. De tels bâtiments encore debout sont excessivement rares. La maison que Gilbert Massicotte érige au tournant du siècle en « arrière » de Massey, dans le district d'Algoma, constitue l'un des rares, sinon le dernier témoin de l'architecture primitive de colonisation en Ontario. Cette maison est de faibles dimensions (soit environ 10 pieds par 12 pieds). Elle est bâtie avec les matériaux que l'on retrouve sur le site même de l'établissement. C'est ainsi que Massicotte se sert de troncs d'arbres à peine dégauchis, assemblés aux encoignures selon la technique à queue-d'aronde. Les interstices sont remplis de mousse ou d'écorce, puis renforcés de mortier. Le toit est ici à un seul versant, recouvert de planches et de tôle. Autrefois, la toiture devait être constituée de troncs d'arbres fendus, légèrement évidés et assemblés à la façon de tuiles. Quant au plancher, il pouvait être de billots équarris ou tout simplement de terre battue. Les ouvertures, portes et fenêtres, sont rares. D'ailleurs le colon ne dispose généralement pas de vitres, la « fenêtre » étant garnie d'une poche de jute ou d'une peau d'animal. Enfin, on le devine facilement, le mobilier devait être très rudimentaire : un poêle à bois, un lit de branches de « sapinage », un ou deux bancs et une table rustique et, ce, dans une unique pièce. Après avoir habité un an ou deux dans cette maison et puis avoir défriché et cultivé un petit lopin de terre, le colon peut envisager de se construire une maison un peu plus confortable. […] Cette seconde maison est plus grande. Elle pourra même avoir deux niveaux habitables. Elle mesure autour de 25 pieds par 20 pieds. Elle est faite de pièces équarries ou, s'il y a un moulin à proximité, de pièces de bois sciées. On a toujours recours à la technique d'assemblage à queue-d'aronde. Le carré de la maison sera blanchi à la chaux. Le toit est à deux versants avec chevrons et entraits. Il est recouvert de planches puis de bardeaux. Le carré de la maison ne repose plus directement sur le sol mais est désormais légèrement surélevé. La maison peut même comporter une petite cave qui sert de garde-manger. Le plancher n'est évidemment plus de terre battue mais de madriers aplanis à la tille ou mieux encore de bois scié. Les ouvertures, portes et fenêtres, sont bien sûr plus nombreuses. On trouve généralement deux fenêtres en façade et autant dans les murs pignon. Une ou deux fenêtres éclairent même les combles où un espace a été aménagé pour coucher les enfants. Alors que la maison d'établissement n'avait qu'une seule pièce, la nouvelle maison du colon comporte dorénavant des cloisons qui séparent la cuisine des chambres à coucher. Le mobilier est à l'avenant. La femme de l'habitant disposera d'un bon gros poêle de cuisine. Les meubles seront moins rustiques. On aura de véritables couchettes de bois ou de fer garnies de paillasse ou d'un lit de plume. Petit à petit les ustensiles et autres objets domestiques se feront plus variés. […] En termes d'évolution de la maison rurale traditionnelle, on pourrait ajouter une troisième phase : une phase de consolidation en quelque sorte qui se fait lors des deuxième ou troisième générations de cultivateurs. C'est l'époque où l'on construit soit une troisième maison, beaucoup plus vaste et confortable, soit que l'on améliore sensiblement la maison déjà existante. Les améliorations à la maison pourraient être faites de plusieurs façons. Ainsi l'agrandira-t-on en y ajoutant une cuisine d'été – ou un appentis quelconque. […] On recouvrira aussi la maison soit de brique ou de papier brique. Enfin, on profitera de l'occasion pour se doter d'une belle galerie avec véranda qui courra en façade et sur au moins un des murs pignon. Les habitants aisés quant à eux pourront même délaisser la vieille maison de colonisation pour se construire une demeure bien confortable selon le style et avec les matériaux au goût du jour. […] Dans l'est de la province, à la frontière du Québec, là où quantité de colons canadiens-français se sont implantés vers le milieu du XIXe siècle, on note la présence du modèle dit « québécois » dont il reste encore quelques témoins. Il semble que cette architecture aurait même influencé des immigrants anglophones. Ce modèle se retrouve aussi, mais exceptionnellement, dans le nord de l'Ontario où l'on s'en tient davantage aux modèles anglais et vernaculaires américains. Les agriculteurs franco-ontariens furent également très sensibles aux styles architecturaux amenés par les immigrants britanniques. Parmi les modèles qu'ils ne tardèrent pas à adopter, il faut souligner la maison d'esprit néo-gothique. L'influence de ce style est particulièrement perceptible dans les comtés unis de Prescott et de Russell et, dans une moindre mesure, dans les anciennes localités du nord ontarien. En fait, il s'agit d'une maison traditionnelle, à pignon simple mais dont la façade est surmontée d'une espèce de gâble qui vient rompre la ligne du toit. Ce type de maisons fut très populaire pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle. L'architecture paysanne fut aussi influencée, surtout dans le dernier quart du XIXe siècle, par les styles vernaculaires américains. Cela tient, de toute évidence, au fait que de nombreux Canadiens émigrèrent, à cette époque, vers la Nouvelle-Angleterre pour travailler dans les manufactures. Ils en rapportèrent des modèles de maisons dont les plans commençaient d'ailleurs à figurer dans les périodiques agricoles. La maison vernaculaire américaine fut très populaire tant dans l'est que dans le nord de la province. Le plus souvent ce sont de sobres carrés de maison coiffés d'un toit à deux versants, à pente douce, et généralement dépourvu de lucarne. Ils ont un étage ou un étage et demi comme c'est le cas de la maison construite par Joseph Bélanger à Azilda, près de Sudbury, en 1906. Ces maisons ont des cheminées de brique aux extrémités. La façade est aménagée dans la partie la plus étroite. La maison de type vernaculaire américain aura couramment un plan en L. Enfin, la plupart du temps, ces bâtiments seront construits de bois et occasionnellement de brique. Un mot sur les matériaux de construction. En période de colonisation, on construit presque uniquement en bois. Avec le temps, on en vient cependant à bâtir en dur, soit en brique, soit en pierre. Dans le nord de l'Ontario, en milieu campagnard, les maisons sont cependant encore en très grande majorité de bois construites. Par contre, dans Prescott-Russell, les maisons de brique se rencontrent fréquemment, même qu'ici et là on peut apercevoir de vieilles demeures de pierre. Ce phénomène est probablement lié à l'ancienneté du terroir. Tiré de Serge Saint-Pierre, dir., Répertoire du patrimoine franco-ontarien, Sudbury, Centre franco-ontarien de folklore, 1993, p. 29-32. |